sk - Alain Parizet
        
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14 mois d’enquête, 6 victimes, et je n’ai rien, rien comme piste de travail.
Je n’ai que le souvenir de mes arrivés sur les lieux des homicides et les constations judiciaires.
Je n’ai que le souvenir de l’effondrement des parents et de la famille lorsque je dois annoncer l’irréversible.
Cette vie qu’est la mienne, je l’ai choisi…
Plus souvent ailleurs que chez moi, plus souvent seule que protégé de bras chaleureux.
Je suis flic au 36, je planque, je dors au bureau ou dans ma voiture, et cette affaire qui me ronge..
J’ai la sensation, qu’il y a un lien avec moi, avec ma vie …que je suis partie intégrante de son protocole meurtrier.
Ces indices, ces références d’ouvrages retrouvés sur les scènes d’homicides, l’âge des victimes, leurs physiques, leurs nationalités…
Je ne réussis pas à faire le lien, ou d’être certaines de ces sensations.
Alors je cherche, change mon apparence pour mieux me fondre dans l’ombre, dans ce qui n’est pas ma vie « la lumière »

15h, je rentre …
2 jours dans les rues et 4 h de sommeil, planqué, apparence modifié, j’ai mal aux pieds, j’ai besoin d’une douche et d’un bon café ….
Enfin, chez moi …
Les masques tombent, je peux être moi, seule dans cet appartement que je ne connais presque pas à vrai dire…
L’émotion me rattrape, surement la fatigue aussi..

Nue sous mon peignoir, je cède à la fragilité…
Pas de flingue, pas de carte de police, pas de flic ce soir, juste une femme …
Assise dans mon sofa, la chaleur de ma tasse de café qui passe dans mes mains, je comprends enfin le lien…
Je sens sa présence, j’entends son cœur, et le mien s’arrête…
C’est une partie d’échec depuis le début, et il voulait mettre échec « la reine », et je suis échec et mat.
C’est moi qu’il voulait depuis le début.
Toutes les victimes sont mortes pendant mes heures de services, les références littéraires retrouvés sur les scènes de crimes de ma manière anodine sont mes textes universitaires, les positions de leurs corps sont les lettres de mon prénom, il me connait …
Mais pourquoi …moi ?
Je vais disparaitre ce soir, et ce sera pour lui, le début d’une nouvelle partie…
Cette dernière larme, et je vais pouvoir dormir.

Texte d’Alain Parizet
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